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jan 09
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Trip to Ireland with My Goodness folks – Day Two

Après une nuit que l'on pourrait compter en minutes plutôt qu'en heures, je jette un œil dehors. Le temps semble plutôt maussade, mais il ne semble pas pleuvoir. Cependant, en Irlande il est coutume de dire que "s'il ne pleut pas, il va pleuvoir". Peu importe, une grosse journée nous attend et nous avons besoin de sans-plomb, nous descendons donc nous restaurer. Un peu à côté de mes pompes, je descends un étage de trop pour ouvrir les portes du bar public qui nous avait émerveillés la veille au soir. Je passe inévitablement pour un alcoolique auprès du personnel de l'hôtel, qui s'empresse de me signaler que le bar est fermé de si bon matin. Non non, pardonnez-moi, ce n'est pas ce que vous croyez, je me suis simplement trompé d'étage...

Irish BreakfastJe rejoins Thierry en pleine lecture des quotidiens locaux, et nous commandons notre Full Irish Breakfast, après avoir éclusé quelques verres de jus d'orange. C'est à n'en pas douter un plat qui va nous remettre en selle, là où les lendemains de grosses soirées, j'ai plutôt l'habitude de prendre un grand café et une clope. Le menu se compose ainsi : oeuf au plat, bacon grillé, charcuterie locale, champignons, pain à l'allure bien bourrative, et enfin haricots (les beans). Légèrement perplexe, je lance un coup de fourchette décidé, et réalise rapidement que toutes ces victuailles sont vraiment excellentes. Un grand pavé est lancé dans la mare de mes habitudes matinales, car le plus souvent je ne mange pas le matin, trop à la bourre pour aller bosser. C'est à n'en pas douter un des meilleurs petits-déjeuners que j'ai pu avaler, on se sent immédiatement revigoré et prêt à faire feu pour la journée.

Nous prenons la route en direction du nord, la traversée de Belfast étant l'occasion de s'arrêter et voir certains quartiers riches en culture et en histoire. Même en voiture, nous ressentons une forte atmosphère qui a à tout jamais marqué les murs et la population, ces affrontements entre irlandais et anglais, catholiques et protestants, qui pendant plus de trente ans ont meurtri chacune des pierres de cette ville. De nombreuses fresques sont présentent au détour de chaque rue, comme pour marquer à tout jamais cette période de l'histoire, de leur histoire, et que chacun se souvienne qu'il y a encore à peine une dizaine d'années, ici où nous nous tenons, la guerre civile était omniprésente. Pour que l'on se souvienne à tout jamais de ces civils qui sont morts, que leur mémoire nous succède jusqu'à la fin des temps.

Fresques Belfast

Fresques Belfast

Ces fresques n'illustrent pas seulement que ce qui s'est passé en Irlande du Nord. Israël, USA... Alors que nous observons ces fresques, un homme passe nonchalamment. Il porte un attaché-case et une bouteille d'eau. Dans un geste aussi spontané qu'étonnant, il lance tout à coup sa bouteille sur le portrait de George W. Bush. Il traverse la rue pour la récupérer, et se met à taper sur la figure de l'ancien président américain à plusieurs reprises, avant de reprendre sa route, tout aussi nonchalamment.

Réflexion.

De nombreuses fresques et mémoriaux représentent Bobby Sands, mort de grêve de la faim après 66 jours dans la prison de Maze, en 1981 et à l'âge de 27 ans, qui faisait partie des 10 prisonniers militants de l'IRA qui ont mis en jeu leur vie, pour leur liberté. Les martyrs de cette guerre sont ainsi affichés afin qu'ici, nul n'oublie ces gens qui ont fait le sacrifice de leur vie pour leurs convictions.

Émotion.

Bobby Sands

Nous nous éloignons de Belfast pour pénétrer dans la campagne nord-irlandaise, afin de rejoindre la pointe nord. Nous prenons l'itinéraire côtier, afin de profiter des magnifiques paysages bordés par la mer. Les routes sont sinueuses et parfois dangereuses, les maisons éloignées de plusieurs kilomètres chacune. De temps en temps, au milieu de nulle part, nous croisons un pub, probable seul lieu de vie alentours en cette après-midi. Dans ces petits villages de campagne, la densité de pubs, tous plus grands les uns que les autres, est si importante qu'elle en ferait pâlir le quartier Saint-Leu d'Amiens.

Les grandes étendues vierges, les sols herbeux et rocailleux, quelques forêts d'épineux ça et là, voilà ce qui caractérise vraiment la campagne irlandaise. Une forme de no man's land aux couleurs variées de vert.

Campagne irlandaise

Notre premier arrêt nous amènera au Rope Bridge, sous une pluie d'intensité variable, un pont suspendu qui est fermé au public pendant la période hivernale. En effet, il semble fortement dangereux de s'y aventurer en raison des fortes rafales de vent qui frappent les collines. Qu'à cela ne tienne, une petite photo de groupe s'impose tout de même. :)

Rope Bridge

Nous rejoignons ensuite un lieu touristique célèbre du comté d'Antrim, la Giant's Causeway, ou Chaussée des Géants dans la langue de Molière. En ce lieu, des formations de roches volcaniques érodées par la mer ont donné lieu à des formes surprenantes de sédiments, à l'image d'un pavage qui se dirige vers la mer. Le vent souffle très fort sur la côte, les rochers sont glissants, les pertes d'équilibre et tentative de s'accrocher où on peut provoquent une bonne partie de rigolade. Je tente tant bien que mal de prendre des clichés avec l'iPhone, tous aussi flous les uns que les autres. Je cherche surtout à ne pas le faire tomber à l'eau :) .

Giants CausewayThierry, qui nous avait dit quelques minutes plus tôt : "Allez-y, moi je reste ici, je le fais tous les ans !", nous rejoint finalement pour prendre part à notre escapade burlesque. Jay tente de ne pas se foirer avec son réflex numérique dans les mains, Arno et Sisco essaient de tenir debout, et moi je me transforme en voile humaine à cause de mon blouson qui ne ferme plus. Nous cherchons constamment les pavés les plus rassurants pour tenter d'aller au plus proche de la mer, qui s'abat sur les rochers avec violence. Il y a divers touristes autour de nous, mais nous avons toutefois le sentiment d'être seuls au monde. Amiens, le boulot, les problèmes... tout cela me parait soudain tellement lointain et insignifiant.

Giants Causeway

Giants Causeway

C'est fatigués mais ressourcés, que nous reprenons la route. Ce grand bol d'air (c'est peu de le dire) nous a été bénéfique à tous, nous ressentons une profonde mais bonne fatigue. La Giant's Causeway n'est qu'à quelques miles de Bushmills, où se trouve la distillerie de whisky du même nom, dont c'est l'affaire depuis 1608. Manque de bol, nous arrivons 10 minutes trop tard pour pouvoir la visiter, nous avons toutefois la possibilité de se balader à l'extérieur et d'avoir accès au magasin ainsi qu'au bar (où, chose suffisamment rare pour être soulignée, nous ne boirons pas :) ). Arno, en grand amateur de whiskys, est un peu déçu de ne pas avoir pu prendre part à la visite, étant donné qu'elle se termine comme souvent sur une dégustation.

Bushmills

Il y a une heure de décalage horaire par rapport à la France, et tandis que nous nous plaignons sans arrêt qu'il fait nuit à 17h en plein hiver, par ici, il commence à faire nuit à partir de 16h. Nous sommes en plein milieu de l'après-midi, mais il est nécessaire de retourner sur Belfast, car l'heure de l'apéro est de plus en plus proche :) . Une fois dans la capitale, Thierry nous arrête devant quelques pubs typiques du centre-ville sur Great Victoria Street, et nous entrons au Crown Bar, qui fait partie des plus beaux pubs du pays. Un pub classé au patrimoine national, inchangé depuis plus d'un siècle, dont l'éclairage se fait toujours par lampes à gaz. Tout est magnifique et impressionnant, nous dégustons une spécialité de Ale locale qui est servie 'on tap', mais cette fois à l'aide d'une pompe manuelle. Nous ressentons une atmosphère très particulière, comme si nous avions remonté le temps, pour prendre un verre dans un pub de 1905.

Crown Bar

Que les supporters de football passent leur chemin, dans le Crown Bar, il est interdit de porter tout accessoire ou vêtement faisant référence à une équipe de foot. Ce n'est pas le cas du Robinson's Bar, plus "populaire", qui est un très bon pub frontalier au Crown Bar, où nous faisons un arrêt également. Nous sommes aux environs de 18h, une population de tous milieux et tous âges afflue progressivement. Nos tronches de français, qui lèvent la tête partout pour admirer la décoration, ne passent pas inaperçues, et je prends une Guinness afin d'apprécier pleinement le lieu.

Après avoir éclusé quelques pintes, nous remontons à l'hôtel pour nous changer. Les français sont appréciés, et les locaux assimilent souvent la France à Paris, classieux, nous nous devons de ne pas faillir à notre réputation : la chemise est de rigueur :) . Nous retournons au Robinson's, et en l'espace d'une heure le pub s'est complètement rempli, à l'image d'une soirée de Fête de la musique au My Goodness. Nous enchaînons les pintes, Thierry toujours fidèle à sa vodka-RedBull, discutons avec un tas de gens. La sortie nocturne est un fait établi dans la culture irlandaise, la convivialité en est le mot d'ordre. Tout le monde est ouvert à la discussion, on ne se fait jamais rembarrer (même pas par les filles, bien au contraire), et l'ambiance générale est très positive. Nous sommes, encore une fois, bien loin des comportements rencontrés chez nous. Et une fois de plus, on adore. Jay aussi d'ailleurs, qui tchatche instantanément :) .

La musique étant elle aussi un fondement de la culture populaire, un groupe mêlant folk et pop joue dans le pub, accentuant encore davantage notre dépaysement. Des gens se mettent à danser, on se sent bien, on a le sourire, la pinte en main au milieu de cette foule venue s'amuser.
On a tout simplement envie de rester ici, forever.

Nous sortons du Robinson's, déjà passablement attaqués alors que la soirée ne fait que commencer. Nous nous rendons au Apartment, un bar à tendance plus hype, où là aussi les jolies filles en mini-jupe et les boissons de toute sorte sont de rigueur. Un établissement sur deux étages, où la population et le décor font déjà beaucoup plus fashion que dans les lieux précédents. Vodka-RedBull pour tout le monde, avant de sortir pour de nouvelles épopées. En effet, l'établissement était plutôt cool, mais nous préférons à l'unisson les ambiances plus typiques des pubs.

Fellows

Nous décidons d'aller nous restaurer, de manière assez incongrue car nous mangerons chinois. Même pas entrés dans le restaurant qu'Arno et Jay remettent une couche de tchatche avec des filles à la porte. Je ne suis pas le mouvement, ma vessie en phase d'agonie me dirigeant à grands pas vers les toilettes... Nous nous attablons, "Bonjour, you take zi apéro ?", oui merci, vodka-RedBull pour tout le monde. Non non, c'est pas une blague. Tandis que Sisco se crame le système digestif avec un plat un peu trop épicé, Thierry demande à l'expatrié qui nous sert s'il connait de bons coins pour sortir. Celui-ci donnera le nom d'un quartier un peu trop craignos d'après Thierry, nous sortons donc pour poursuivre nos péripéties au bar du rez-de-chaussée de notre hôtel.

Sisco et Arno

Le bar est bondé, encore une fois toute le monde s'amuse ensemble, de 21 à 65 ans (à peu près). Les filles, quel que soit leur degré d'attirance, même les plus moches et grosses (oh hé ça va hein), font beaucoup d'efforts pour faire transparaitre leur féminité (ce qui est assez cocasse parfois, remember the léopard :) ). La discussion est aisée, on se sent dans un environnement qui nous ressemble bien, on écluse une fois de plus de nombreux verres, ça le fait, tout simplement.

A la fermeture, alors que la population se masse vers la rue afin de poursuivre cette virée nocturne, nous montons au second bar de l'étage, celui où nous nous étions échoués la veille au soir. La barmaid, qui se prénomme Allyson, continue d'en prendre pour son grade de la part de Thierry (joke inside), Sisco discute avec un irlandais membre de l'IRA échoué lui aussi, forme de dialogue de sourds entre un français et un irlandais torpillé comme une autruche, en plus d'avoir un accent à coucher dehors.

Il est coutume pour la gente féminine de sortir en collaboration mère-fille. Nous faisons la connaissance de deux irlandaises, mère et fille donc, discussion sympathique et drôle où chacun d'entre nous s'invente une profession : Thierry est boulanger, Jay est responsable de magasin, Sisco est comédien, et moi je travaille chez Google. Bizarrement, Jay et moi-même sommes pris au sérieux, tandis que Thierry et Sisco leur laissent le doute quant à la véracité de leurs propos. La mère demande même à Thierry si les 4 guignols qui l'accompagnent sont ses enfants. Éclat de rire général, Thierry proteste :) .

A côté de nous, deux allemands plutôt sympathiques au demeurant, échoués ici afin de tenter de voir si "y'avait moyen", capitulent rapidement face à la puissance de notre séduction typiquement française.

Guinness

Les heures tournent, les verres également, notre anglais se fait de plus en plus mauvais. Le manager de l'hôtel ("Yeah, Daniel !") vient prendre le relais pour voir si nous étions décidés à enfin quitter le bar. Que nenni, je reprendrais bien une bière tant qu'on y est. Ah, le fût est vide, il faut le changer. C'est reparti pour un tour :) .

Au bout d'un marathon de plus de 10 heures de bars parallèles, il est 4h30 du matin, et il n'y en a pas un pour rattraper l'autre. Nous rejoignons nos chambrées, exténués et passablement torpillés, mais avec un sentiment profond et sincère : celui d'avoir passé une journée exceptionnelle.

Le temps de faire un peu les abrutis comme à notre accoutumée, je me résigne enfin à me coucher, la fatigue ayant décidément pris le dessus. Il est passé 6h du matin, on se lève à 10h.

Putain, ça va être dur, encore une fois.

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  1. Froid, la pluie, la bière et l’expressivité ! J’adore l’Irlande !

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